Sunday, October 17, 2021

Ivresse de la metarmophose

 


Beau roman que Zweig a ecrit en 1930 puis en 1938 , qu'il n'a pas eu le temps de publier. C'est un roman en deux parties distinctes . Premiere partie, Christine, jeune fille autrefois gaie , souriante, pleine de joie de vivre et aujourd'hui , dans les annees 1926) employee de la poste en banlieue lointaine de Vienne, en Autriche. Sa famille s'est beaucoup appauvrie pendant la grande guerre 14-18  , son frere y est mort, son pere a suivi ensuite .

La description de sa routine si morose dans son bureau de poste est tres pesante, tres eprouvante. 

Christine recoit alors une invitation d'une tante, la soeur de sa mere malade, qui a echapee au destin de tant d'autrichiens et a epouse un riche commercant hollandais qui a emigre aux Etats Unis ... C'est donc une tante extremement riche qui l'invite a passer des vacances avec eux en Suisse, dans un hotel luxueux. 

La premiere partie du livre decrit donc ce voyage en Suisse et cette metarmoprhose de Christine (Christiane , par la suite, ca fait plus chic) qui expermimente , pour quelques semaines, la ville insouciantes des riches de la haute societe. D'une jeune fille terne  ,elle devient attirante, belle, joyeuses ... 

Les gens autour l'apprecient beaucoup ... Les jalousies d'eveillent alors et on la denonce , comme cette pauvre employee de poste qui joue a la riche. Sa tante la desavoue et lui demande de repartir ...

On voit alors Christine, la mort dans l'ame deperir , dans son ancienne vie ...


La deuxieme partie, Christine rencontre Ferdinand chez sa soeur et son beau frere. Ferdinand est un ancien soldat, pauvre, tres pauvre, comme elle, mais qui a la rage : jeune , il avait plein de reves et d'espoir sur sa vie, mais la guerre , la crise , lui ont fait tout perdre et il n'a que de la rage envers la societe bourgeoise qui l'entoure ... Il fait un requisitoire tres dur ... 

Il propose ensuite a Christine de se suicider ... chose qu'elle accepte volontier, pas par amour pour lui (elle n'en a pas) mais parce qu'elle est heureuse d'avoir un partenaire dans le malheur. 

Finalement ils decident de voler l'argent de la poste pour vivre encore quelques annees avant de se donner la mort ...


La description du monde bourgeois , de l'hotel et de ses mondanites. La metamorphose de la petite villageoise a qui il suffit de donner une belle robe toute simple, un peu de retouche a sa coiffure , la transforme en une magnifique jeune fille. 

Et le requisitoire de Ferdinand sur cette societe petite bourgeoise, sur ces ouvriers qui revaient d'une revolution (le beau frere de Christine) mais qui se contentent d'une femme et de quelques enfants, ces gens qui ne travaillent que pour enrichir d'autres personnes quand eux meme ne font que survivre,de paie en paie ... Whouauah ...



En fond d'ecriture, J'ai sentis la violence sous jacente des nazis et/ou communistes qui entouraient deja Stefan Zweig ... 



Copie/Cole de http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/26290

Métamorphose de l'ivresse

Les années vingt en Autriche. Christine Hoflehner a vingt-huit ans. Simple employée des Postes dans un village, elle vit avec sa mère mourante. La guerre, qui a tué son père et son frère, les a réduites à la misère. Survient une sorte de miracle: une tante d'Amérique. La riche et généreuse Clara Van Boolen lui a envoyé un télégramme l'invitant à venir profiter du luxe d'un hôtel de Pontresina, dans les Alpes Suisses. Deux semaines de vacances en montagne ! Loin de la routine grise de son bureau, subjuguée par la majesté du lieu, par sa chambre somptueuse, par les fortunes énormes, l’aisance de cette société, elle est d’abord intimidée et maladroite mais sa tante la prend sous son aile. Christine est maquillée, rhabillée, recoiffée. Sa métamorphose a commencé. Elle semble plus jeune, plus belle, plus intelligente. Regardée comme une riche héritière, Mademoiselle Van Boolen, comme on l’appelle maintenant, a pris de l’assurance, se fait respecter et même… courtiser par un vieux Lord anglais ! Elle se croit au paradis. C’est l’ivresse. L’ivresse de s’abandonner à un monde de plaisirs où tout est facile, d’oublier son ancienne condition qu’elle renie. Oui, et si l’ancienne Christine n’avait été qu’une erreur du destin ? Voilà qu'un nouvel horizon s'ouvre enfin à elle : qui est-elle vraiment ? « Un désir a commencé à naître en elle, désir de se connaître et, après la découverte de ce monde nouveau, de se découvrir elle-même » …
Elle n’en aura pas le temps. Bien vite, trop vite, elle suscite la jalousie. On la surveille, on se renseigne sur elle et on apprend bientôt ses origines modestes. A son arrivée, dit-on, le personnel de l'hôtel l’avait prise pour une domestique, tellement elle était mal fagotée. La rumeur, cruelle, se répand. Cette haute société, ces snobs la désavouent, refusent désormais de la fréquenter. Elle les a amusés un temps mais la récré est finie. Dream is over… A présent, elle fait tache dans le paysage et dans leurs relations. On lui demande prestement de rentrer chez elle. Un matin, elle s'en va… par l’escalier de service ! La chute est terrible.
Lorsqu’elle est de retour à Kleinreifling, sa mère vient de mourir. Elle retrouve son guichet comme on retrouve une prison. Son quotidien lui est insupportable. Elle devient irascible avec tout le monde. Profitant de l’argent gagné au jeu, elle s’échappe à Vienne pour un week-end. Elle revoit sa sœur et son beau-frère. Celui-ci rencontre par hasard un vieil ami qu’il n’avait pas revu depuis des années, depuis la guerre en fait. Il se nomme Ferdinand. Il revient juste de Sibérie où il était prisonnier. Sa vie en lambeaux, l’homme a la haine. Christine le comprend immédiatement. Elle décèle en lui la même révolte qu'elle ressent contre l’injustice et la misère. Un même désir de revanche les unit puis l’amour. Toujours dans la pauvreté. La vie du couple devient de plus en plus dure à mesure que l’argent fond comme neige au soleil et bascule dans le désespoir. Le jour où Ferdinand perd son travail, ils décident tous les deux d’en finir : ils prendront le train et, installés dans un bon hôtel, se suicideront. Aux bureaux des Postes, la vue des liasses de billets que Christine est chargée de ranger dans le coffre décide Ferdinand à changer de plan. Pourquoi pas un vol ? Ce ne serait que le remboursement d’une dette que lui doit son pays. Christine accepte le projet. Le destin tranchera : " Chacun a sa propre loi intérieure, l'un est entrainé vers le haut, l'autre vers le bas, et celui qui doit monter montera, et celui qui doit tomber tombera."

C’est une œuvre posthume publiée pour la première fois en 1982. Le titre n'est pas de Zweig mais emprunté à une phrase du livre. La première partie a été écrite en 1930-1931, la seconde huit ans plus tard. D’où une notable différence de ton entre elles (plus amer, plus féroce et plus sombre dans la deuxième partie). Malgré cela, elles se répondent parfaitement comme dans des jeux de reflets : omniprésence de l’argent dans l’une, absence dans l’autre, rêve et espoir dans l’une, réalité sordide et désespoir dans l’autre, expression de la vie et beauté dans l’une, mort et laideur dans l’autre… L’ensemble est donc d’une grande cohérence.
Véritable chant du cygne, le roman est inachevé mais il peut être considéré comme abouti si on accepte la fin ouverte. Zweig, une fois de plus, nous envoûte par ses fines analyses psychologiques bien connues, par ses descriptions réalistes et sans concessions de l’injustice sociale, des ravages de la guerre, de l’égoïsme des nantis… Pessimiste face à la montée du nazisme, il montre que ce qui mène le monde c’est bien, hélas, l’argent et non l’amour (certaines pages sont parmi les plus dures qu'il ait pu écrire)… Un testament émouvant (on pense au propre suicide de Zweig et de sa compagne Lotte), en forme de cri de révolte communicatif, qui se lit avec un immense plaisir…

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